Entretien : Olivier Delcroix, rédacteur en chef du Figaroscope au Figaro, se livre sur la question du transhumanisme au cinéma

Au cinéma le sujet du transhumanisme, est traité majoritairement de manière mélioratif ou péjoratif ?
Le principe du transhumanisme c’est d’améliorer, mais vers où ? soit on va vers le bien, soit on va vers le mal. Quand on va vers le bien, on a un film comme l’homme qui valait trois milliards. Cela donne des cyborgs sympathiques, qui ont des valeurs et qui sont des héros. Cette forme d’immortalité, ils la mettent au service du bien. L’idée d’une science qui bascule du côté obscur de la force, est évidemment beaucoup plus séduisante pour le cinéma. Dark Vador est l’emblème numéro 1, de l’être transhumaniste qui a finalement mis son pouvoir au service du mal. C’est être mi-homme mi-robot va devenir le plus grand méchant de l’histoire du cinéma (épisodes 4-5-6*). Le cinéma et la science-fiction préfèrent basculer du côté obscur car c’est plus amusant de voir un personnage qui va tout d’un coup devenir méchant. Cela tient en haleine le spectateur, et c’est le point de départ d’une intrigue qui est plus forte. Un personnage d’emblée gentil et qui le reste toute sa vie, ça ne marche pas au cinéma.
Quels films traitant du thème transhumaniste vous ont marqué et pourquoi ?
Les films qui traitent du transhumanisme et qui m’ont marqué remontent aux années 70. « L’homme qui valait 3 milliards » de Steve Austin a bercé ma jeunesse. C’est une série Américaine adapté d’un best-seller qui s’appelait Cyborg. Le principe du Cyborg m’a fasciné. Tout de suite on se rend compte qu’on est plus fort et qu’on va plus vite. Pour n’importe quel ado, qui découvre le concept de l’homme amélioré, dans un coin du cerveau reptilien se glisse l’idée un peu naïve qu’on glisse vers l’immortalité et le pouvoir absolu. Ce qui alimente notre fascination pour l’homme amélioré et le transhumanisme c’est de repousser les frontières de la mort. Pour l’ado que j’étais aussi, c’était le passage de l’enfance à l’âge adulte. C’était l’occasion de découvrir « qu’on est un enfant » mais qu’on aimerait être un adulte. Nous voyons avec nos yeux d’enfants, l’adulte comme un homme amélioré. Un autre film m’a beaucoup interrogé, touché et fait réfléchir c’est « The Island », avec Scarlet Johansson. Le principe du film, est qu’il existait des clones parfaits, qui étaient des pièces de rechange pour des gens qui se situaient dans le vrai monde. Je trouvais ça assez horrible, mais finalement assez plausible. On a un autre moi de rechange, qui nous attend, et ça c’est assez fascinant.
« Il y a quelque chose de visionnaire dans le cinéma, grâce au recours à l’image, au numérique, aux effets spéciaux et digitaux. »
Pensez vous que le cinéma aide a croire en cette idéologie, et est-ce que vous y croyez ?
Je ne peux pas m’empêcher d’y croire, un peu. Le cinéma c’est une projection d’un fantasme et d’un désir. Le grand écran qui est une usine à rêve, projette les choses les plus dingues, et de manière totalement facile. Il est un accélérateur de rêve qui propulse nos fantasmes sur le grand écran en faisant croire que c’est vrai. Or ça c’est de la poudre de perlimpinpin, c’est de la magie numérique et des effets spéciaux. Ce n’est plus ni moins l’idée de faire croire, mais en réalité rien n’est encore vrai. Simplement il y a quelque chose de visionnaire dans le cinéma, grâce au recours à l’image, au numérique, aux effets spéciaux et digitaux. Le cinéma offre une vision fantasmée des possibilités qu’offrirait la science si elle pouvait miniaturiser et alléger les métaux. C’est une projection, qui nous permet de rêver à ce que pourrait être le transhumain du futur.
A écouter : l’avis d’Olivier Delcroix sur la peur du transhumanisme. Le rédacteur en chef du Figaroscope intervient à la 41ème minute, mais nous vous recommandons d’écouter l’entièreté 👉 https://www.franceinter.fr/emissions/grand-bien-vous-fasse/grand-bien-vous-fasse-15-novembre-2016

